voeux 2015 et commentaire millésime 2014

voeux 2015 Domaine Ostertag

 

 

 

 2014, avis de vin fort…*

 Premières impressions sur le millésime 2014 après récolte

 

 

« Ce qui ne tue pas rend plus fort ! »

 

Cet aphorisme de Nietzsche aurait pu s’appliquer au millésime 2014 si le vin n’était pas une œuvre conviviale incitant davantage aux rapprochements pacifiques qu’aux confrontations violentes.

 

Mais que ce millésime fut ardu et s’il n’eut rien d’une bataille sanglante, ce fut tout de même une sacrée partie d’échecs et le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle fut acharnée et complexe  pour ne pas dire compliquée!

 

Car comment décrire autrement un millésime tout à la fois illisible et paradoxal, au départ précoce et finalement tardif, une de ces années à tiroirs qui ne ménage pas ses surprises.

 

Pour moi 2014 est vraiment un millésime à part, avec un ciel dyslexique et un horizon imprévisible, c’est une drôle d’année qui eut le plus grand mal à terminer ses phrases.

 

C’est ainsi que l’hiver fut littéralement rayé de la carte par un printemps bien trop envahissant, qui sous sa fringante parure, cachait en réalité une sécheresse aride comme un coup de trique, qui finit par assoiffer terres et plantes jusqu’à la moelle.

 

Quant à l’été, à peine né, il disparut déjà de la circulation, noyé corps et âme dans un déluge inarrêtable où le seul mois de Juillet connut autant d’eau que l’ensemble des mois du premier semestre réunis.

 

Et pourtant, heureusement qu’il en fut ainsi tant vignes et coteaux avaient alors soif et ne se seraient sans doute jamais remis d’une sécheresse prolongée, à croire que la Nature a sa propre conscience et sait corriger ses excès en se rééquilibrant d’elle-même.

 

Mais la Nature se contrefout totalement de nos paramètres économiques et les excès de chaleur du mois de Juin, 33° en pleine floraison avec comme conséquence une forte coulure, ne bénéficièrent quant à eux d’aucun rattrapage.

 

Ceci explique qu’au niveau des rendements, 2014 ne fit pas mieux que 2013, ce qui malheureusement creuse un peu plus les disponibilités…

 

Cela malgré un automne extraordinaire, en définitive le seul été de l’année, qui fit la joie des vendangeurs et peaufina leur bronzage mais cachait en réalité une problématique bien plus épineuse.

 

En effet, l’été englouti par les eaux avait retardé les maturités tout en favorisant une petite mouche  inconnue jusqu’alors, une drosophile aux yeux rouges, venue du Japon répondant au pétaradant prénom de Suzukii.

 

La drosophile, plus communément appelée mouche du vinaigre, est un fléau pour les raisins qu’elle perfore pour y pondre ses œufs et qu’elle contamine en bactéries acétiques qui transforment le jus en vinaigre, qui il faut bien l’avouer est la pire et l’ultime altération qu’un vin puisse subir!

 

L’apparition soudaine de Suzukii provoqua  un véritable vent de panique dans le vignoble et la plupart des vignerons se précipitèrent pour vendanger des raisins encore verts et particulièrement acides tout juste bons à décaper les cuivres.

 

La peur de tout perdre était alors leur seule conseillère et dans ce tsunami collectif, il fut très difficile de garder la tête froide et d’attendre que les acidités se civilisent. C’est pourtant ce que nous avons réussi à faire au risque de perdre une partie des raisins momifiées, non en statue de sel comme la femme de Loth,  mais en vinaigre balsamique!

 

Heureusement la Suzukii ne s’attaque qu’aux fruits de couleurs et épargne les raisins blancs, cela s’apparente certes à de l’ostracisme politiquement tout à fait incorrect mais cela eut l’inestimable avantage d’épargner Sylvaner, Pinot Blanc, Muscat et Riesling, qui au Domaine représentent tout de même 2/3 des surfaces.

 

L’ouverture des vendanges a été fixé au 15 septembre pour les vins tranquilles mais nous avons attendu  le 20 septembre pour vendanger nos rouges puis continuer avec les blancs le 23 septembre afin de peaufiner les maturités et dompter les acidités.

 

Suzukii épargna nos vignes grâce notamment à des applications répétées de silice de corne ou 501 qui ont renforcé les pellicules et empêché les perforations.
Seuls les Gewurztraminer, vendangés les derniers et donc exposés bien plus longtemps à l’ennemi ailé, ont exigé un tri rigoureux qui diminua encore la déjà faible récolte. 

 

Mais finalement notre patience fut récompensée grâce à cet extraordinaire été indien qui transcenda littéralement les raisins et fit de cette vendange 2014, une vendange glorieuse, tant les jus coulèrent taillés comme des athlètes de haut-niveau, à l’acidité ferme, avec de l’extrait-sec et de la charpente, musclés et sans alcool qui dépasse, bref tout ce qu’il faut pour élaborer de grands vins.

 

Les derniers millésimes sont là pour nous le rappeler, c’est dans la difficulté que naissent les grands vins…. ceux qui bien au-delà de l’instant présent savent porter au loin leurs lumières liquides… ceux qui deviennent mémoire digestible d’un temps passé et transmettent à ceux qui les boivent l’énergie toujours vibrante d’une époque disparue.

 

C’est ainsi que les Vignerons vivent et leurs Vins au loin les suivent comme des Soleils révolus.**

 

 

André Ostertag, Vigneron
Epfig, le 1er décembre 2014

 

 

 

 

* directement inspiré d’un verre de Pierre et Catherine Breton à Bourgueil.
** libre interprétation d’un vers d’Aragon.

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